Quand j’ai un livre entre les mains, il y a, rarement heureusement, des choses qui me choquent. L’une d’entre elles est l’indication des pages, parfois dès la première. A l’époque de la typographie, pas si lointaine puisque je l’ai connue, le prote (chef d’atelier), qui avait l’œil à tout, faisait faire la correction à son compositeur car vous n’aviez même pas à l’indiquer. Aujourd’hui, bon nombre d’imprimeurs numériques, souvent issus de la photocopie, n’ont plus cette compétence ni le temps de regarder ce qu’ils ont à imprimer. Ils n’ont d’ailleurs pas que des désavantages, entre autres un prix d’impression qui a considérablement diminué à l’exemplaire pour les petits tirages.
Alors que faire ? Le numéro de page est, aujourd’hui, le plus souvent en bas de page, au centre du bloc de texte ou à l’extérieur aligné sur le côté gauche du bloc de texte pour la page de gauche et sur le côté droit pour la page de droite (la « belle page »).
La page de gauche est la page paire, la page de droite est la page impaire.
Le principe : pas de numéros de pages sur les pages blanches, sur les pages de texte qui ne vont pas jusqu’en bas, sur la page de titre (qui va pourtant jusqu’en bas du bloc de texte). Bien sûr ces pages sont comptées, à l’exception des six premières pages : la double page blanche du début (souvent oubliée – contrainte financière oblige – alors qu’elle donne de l’élégance et de l’opulence au livre), la page de faux titre (dos non imprimé) et la page de titre (au dos les mentions légales).
Le cas des illustrations pleines pages est un peu différent. D’abord il faut les mettre sur la page de droite (belle page) et ne pas indiquer le numéro de page. On peut laisser la page suivante de dos blanche (donc sans indication du numéro). Deux solutions pour la numérotation, soit vous les comptez comme toutes les autres, soit vous ne le faites pas, elles sont alors dites hors texte. Cette dernière solution est un peu vieillotte et tend à être abandonnée. Dernière précision, si votre illustration est placée au-dessous du texte (par exemple en fin de chapitre : cul-de-lampe), même si elle occupe la page jusqu’au bas du bloc dévolu au texte : pas d’indication de numéro de page.
Il est tout à fait possible de faire autrement, le livre est un espace de liberté dans lequel il y a encore de nombreuses découvertes à faire. Il faut toutefois penser à deux choses : l’esthétique de la page et l’histoire du livre depuis Gutenberg. Trop d’équipes et d’individus géniaux ont essayé de trouver les meilleures solutions pour tenter de réinventer ce qu’ils ont résolu parfois il y a des siècles.

Illustration : Théodore Roussel (1847-1926), Jeune fille lisant, 1886-1887 (Tate Gallery, Londres)