Yves Goulm / Thibault Toulemonde / Les Yeux embués

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Des poèmes puissants, sous les titres L’enfer me ment et Krasnoï, par Yves Goulm en contrepoint d’images en noir et blanc (parfois une pointe de couleurs) de Thibault Toulemonde.

Broché, 15 x 21 cm, 120 pages illustrées et imprimées en couleurs.

Collection galleg.club – éditions Nanga

ISBN 979-10-95101-03-1

Description

Autobiographie du poète écrivain :

L’éditeur demande à l’auteur une sorte d’autobiographie pour publication. Écrire sur soi, c’est – sans doute – ce que la plupart des auteurs font mais ils n’aiment pas que ça se sache, fardant cette pénible réalité d’artifices fictionnels. Dans ses célèbres Pensées Pascal juge le mot haïssable, raillant Montaigne, coupable, selon lui, de se peindre avec une complaisance verbeuse.
Seulement voilà le dilemme : l’éditeur pour l’auteur est un maillon indispensable de sa chaîne (et pas qu’alimentaire) sur laquelle il tire déjà suffisamment court pour éviter de diminuer la longe. Aussi lorsqu’une demande de ce genre vous atterri sur le coin de la feuille, vous renâclez, vous regimbez, jusqu’à ce que votre facteur habituel dépose de ses mains scélérates votre relevé bancaire mensuel, lequel, d’une sorte de coup de baguette magique, déclenche une soudaine envie d’obtempérer au desiderata de celui qui paye les factures de l’imprimeur et du distributeur. Qui écrira l’immense part prit par les frais des prêts et les agios de découverts dans le mystère de l’inspiration ?
Mon préposé des Postes est passé ce matin.
Bon alors donc, dire qui je suis, mon parcours, tout ça, mon âge, ma parentèle, mes goûts alimentaires et autres, mes résidences successives, mes phobies (va pas être déçu…), mon genre de musique, le dieu que je prie, mes lieux de villégiature, le nom de mon chien (je n’ai pas de chien), profession des parents, prénoms des enfants ; un fatras d’informations dont, normalement, tout lecteur devrait se foutre comme de son premier livre de la bibliothèque verte. 
Trompettes de la renommée chantait le Brassens
Bon alors donc, dire que je suis né dans la seconde moitié d’un siècle, d’une femme, ma mère, préalablement câlinée par un homme, mon père, en noces convolées. L’affaire se situe dans le Finistère. Les femmes et les hommes pourraient peut-être envisager, une bonne fois pour toutes (c’est vraiment le cas de le dire !) de cesser de se reproduire afin d’effacer de la surface de la Terre les risques constants de camps de concentration, de malnutrition, de maltraitance, de musique sérielle, n’imposant plus à personne cette terreur de notre finitude, vaste erreur d’une création pourtant vendue comme potentiellement parfaite aux environs de l’éternité, ce qui assure d’un encore bon petit bout de temps à patienter.
Mon prénom est Yves. Je suis un garçon. Yves parce que je suis Breton. C’est le patron.
Petit j’étais mû par deux passions : la lecture et le sport. Rien n’a changé depuis – si ce n’est pour être aussi honnête que possible (disposition loin d’être mon fort) que l’écriture a supplanté la lecture. Comme Amoz Oz, jeune j’aspirais à devenir un livre et pas un écrivain ; jusqu’à ce que je découvre indubitablement qu’un bateau sans marin reste pourrir à quai, loin des Horn et des Bonne Espérance. Si j’ai écris, ce n’est nullement car ce que je lisais me lassait – impossible lorsque des rayonnages a minima cohérent contiennent, entre autres, du 
Bernanos et du Dostoïevski. Ces deux-là, justement, le jour où le sale démon d’écrire te prend dans ses filets, tu retournes leurs livres, tranche contre le mur, qu’ils n’assistent pas au naufrage d’un de leurs fervents admirateurs.
Chapitre professionnel, à l’instar de 
L’Italien du magnifique Reggiani, j’ai fais tous les métiers : laveur de trains, peintre de grue, disc-jockey, distributeur de prospectus, pizzaïolo, directeur de musée, programmateur touristique, pour en arriver à ce métier fatal qui n’en est pas vraiment un bien qu’exigeant un important travail, je fais l’écrivain.
Mon plat préféré est, de très très loin, la salade du jardin rechampie d’un filet d’huile d’olive et d’une ciboulette finement hachée.
Ayant appris tôt à connaître les femmes, j’ai jugé qu’une seule me suffirait amplement.
Lorsque je m’expatrie je tournicote ma girouette du côté de l’île de Beauté. C’est d’ailleurs en 
Corse, chez l’éditeur Albiana, que j’ai publié mon premier ouvrage (drôle de double mot celui-là) L’Apparition, qui aurait dû rester enfant unique. Ce qui n’est hélas pas le cas. D’autres ont suivis le mouvement, boiteux et penauds, tentant vainement de retrouver l’état quasiment extatique qui prévalu à l’écriture de l’aîné.
Pour ce qui est de mes goûts et couleurs, disons qu’au salé (que je ne déteste pas) je préfère le sucré et que le jaune m’enjoue gardant le rouge pour mon verre.
Voilà, voilà… Quoi dire d’autre d’aussi inutile et futile ? Je cours beaucoup sans jamais savoir après quoi, je n’aime guère les villes, je me sens mille fois mieux dans un vestiaire empuantit de sueur que dans n’importe quel salon littéraire, je n’ai jamais aimé l’école qui me l’a bien rendu (comme je l’en remercie aujourd’hui !), je suis droitier sans être de droite et un peu gauche sans être de gauche, j’ai quelques ami(e)s ce qui m’est constant miracle et ne me passionne ni pour la philatélie ni pour le coloriage. Le destin m’a doté de trois enfants que je chéris autant que je puis, les remerciant d’avoir apparemment saisi le premier et quasi unique commandement que ma paternité osa : « Sois libre ! »

S’il vous plaît, soyez chou, n’interpellez pas l’éditeur pour lui reprocher que la bio de l’auteur ne vous satisfait pas. Vous avez mes livres ce qui suffit. Aimez-les ou détestez-les, ils sont fait pour ça mais, par pitié, accédez à ma requête : contentez-vous d’eux !

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